À Anacapri, le mètre carré dépasse Forte dei Marmi, mais le revenu résident est presque de moitié. Sur la côte, le prix mesure qui achète, pas qui reste.
À Ponza, île d'à peine trois mille habitants au large du Latium, une maison se vend en moyenne 3 650 euros le mètre carré. C'est le prix d'un lieu de bord de mer convoité. Pourtant, ceux qui vivent à Ponza toute l'année déclarent en moyenne 17 424 euros — moins que la moyenne nationale, qui est de 21 985 euros. Les deux chiffres ne se parlent pas. Le mètre carré est payé par les Romains et les Milanais qui achètent une résidence secondaire ; le revenu, ce sont les pêcheurs et les saisonniers qui le gagnent. Dans les villages de bord de mer, le marché immobilier mesure le pouvoir d'achat de ceux qui arrivent en juillet, pas de ceux qui restent en décembre.
Prenez Anacapri. Une maison coûte 6 237 euros le mètre carré, plus qu'à Forte dei Marmi, où l'on paie 5 285 euros. Pourtant, à Anacapri le revenu moyen est de 25 509 euros, à Forte dei Marmi de 42 639 : à prix au mètre égal, près de dix-sept mille euros séparent ceux qui y vivent. Le même écart parcourt toute la côte. À Positano, une maison coûte 3 681 euros le mètre carré, autant qu'à Ponza. Mais à Positano, ceux qui restent déclarent 39 762 euros — plus du double des habitants de Ponza.
À Amalfi, le mètre carré atteint 4 475 euros contre un revenu résident de 26 547. À Golfo Aranci, en Sardaigne, les maisons tournent autour de 3 787 euros le mètre et le revenu s'arrête à 23 916, à peine au-dessus de la moyenne italienne. Le fil qui relie Anacapri, Amalfi et Golfo Aranci est le même : des prix du Nord riche, des revenus d'un Sud qui travaille trois mois par an. Sur la côte, le prix d'une maison dit ce que vaut la vue. Pas ce que gagne le voisin.
Revenu moyen déclaré par commune — Source : DatiItalia, d'après les données MEF 2023
Il existe un endroit où le prix très élevé et le revenu très élevé coïncident. C'est Portofino. Une maison y coûte 10 767 euros le mètre carré, le chiffre le plus haut d'Italie, et ses résidents déclarent en moyenne 98 577 euros — le revenu le plus élevé de toutes les communes italiennes. À Portofino, les riches n'arrivent pas seulement en bateau : ils y sont domiciliés. Cela vaut en partie pour Cortina d'Ampezzo, où le mètre carré atteint 9 419 euros et le revenu moyen monte à 38 975, et pour Forte dei Marmi. Ce sont les rares communes où le prix des maisons et les communes les plus riches dessinent la même carte. Sur la côte du Sud, cette carte se dédouble : les maisons de Portofino, les revenus de l'arrière-pays.
Chaque commune colorée selon le revenu moyen déclaré (2023)
Revenu moyen déclaré — Source : DatiItalia d'après les données MEF 2023
Le prix au mètre carré ne distingue pas celui qui achète pour y vivre de celui qui achète pour deux semaines en août. Dans les villages de bord de mer, la part des résidences secondaires peut dépasser celle des résidences principales, mais le chiffre qui sépare les deux n'existe pas commune par commune. On connaît le prix, pas celui qui le paie. Ainsi le mètre carré de Ponza ou de Golfo Aranci finit par mesurer la demande de ceux qui n'y résident pas.
Le revenu moyen le plus bas d'Italie, parmi les communes de plus de mille habitants, n'est de toute façon pas sur une côte chère. Il est à Dinami, en Calabre, à 11 497 euros, suivi de Goro, sur le delta du Pô, à 11 542. Goro vit de la pêche et de la lagune, pas du tourisme de luxe, et là les maisons coûtent peu. La différence entre un village pauvre et un village cher-mais-pauvre tient tout entière ici : dans le premier le prix suit le revenu, dans le second il le trahit.