Combien vaut vraiment votre salaire ? La réponse dépend bien moins du chiffre sur la fiche de paie que de la commune où vous le dépensez. En Italie, le revenu moyen déclaré va de 98 577 euros à Portofino à 7 349 euros à Cavargna, dans la province de Côme : un rapport de plus de treize contre un. Mais la vraie surprise arrive quand on croise les revenus avec les prix de l'immobilier : les villes où l'on gagne le plus sont presque toujours celles où chaque euro achète le moins.
Dans cette analyse, nous comparons les revenus IRPEF déclarés au ministère de l'Économie (année fiscale 2023, la dernière disponible) avec les prix immobiliers OMI 2025 à la vente et à la location, pour comprendre où, en Italie, le pouvoir d'achat réel est le plus élevé et où le salaire s'évapore.
Quinze ans de revenus : la croissance nominale
Commençons par le tableau national. Le revenu moyen déclaré en Italie est passé de 19 102 euros en 2008 à 24 833 euros en 2023 : une croissance nominale de 30 % en quinze ans. La série montre toutefois deux cicatrices évidentes : la longue stagnation post-crise (entre 2008 et 2009, la hausse n'est que de 4 euros) et la chute de 2020, année de la pandémie, quand le revenu moyen est tombé de 21 772 à 21 541 euros.
La reprise qui a suivi a été rapide sur le plan nominal : +3 292 euros entre 2020 et 2023. Mais durant ces mêmes années, l'inflation a couru plus vite que les revenus dans une grande partie du pays, et surtout les prix des logements dans les grandes villes ont décroché de toute dynamique salariale. C'est là que naît l'écart entre revenu nominal et pouvoir d'achat réel.
Revenu moyen déclaré en Italie, 2008-2023
Moyenne nationale du revenu IRPEF déclaré par contribuable, en euros. Source : MEF.
Où l'on gagne le plus : le classement des revenus
La géographie des hauts revenus est connue mais toujours impressionnante. Portofino mène avec un revenu moyen de 98 577 euros, suivie de Lajatico en Toscane (61 361 euros) et de Basiglio, dans la banlieue milanaise (52 147 euros). Le top dix compte Courmayeur (43 250 euros), Cusago, Forte dei Marmi, Torre d'Isola, Pino Torinese et, dixième et première grande ville, Milano avec 40 521 euros.
Milano est la seule grande ville aux premières places : Roma s'arrête à 31 360 euros, Bologna à 31 956, Firenze à 30 773, Torino à 28 889, Napoli à 24 556. Le reste du haut du classement est composé de petites communes résidentielles huppées, de stations touristiques d'élite et de ceintures aisées des métropoles du Nord.
Les 10 communes au revenu moyen le plus élevé
Revenu IRPEF moyen par contribuable, année fiscale 2023. Source : MEF.
Où l'on gagne le moins
À l'autre extrême, les revenus les plus bas d'Italie ne se trouvent pas seulement au Sud. Cavargna (Côme) ferme le classement avec 7 349 euros, suivie de Gurro (8 582 euros) et de Valle Cannobina (9 335 euros), toutes deux dans le Verbano-Cusio-Ossola : montagnes frontalières entre Lombardie et Piémont, où beaucoup d'habitants travaillent en Suisse et déclarent peu en Italie. Juste derrière arrivent Roseto Valfortore dans les Pouilles (11 219 euros), Dinami en Calabre (11 497 euros), Goro en Émilie-Romagne, Mazzarrone en Sicile et Verbicaro en Calabre.
Le bas du classement raconte deux Italies différentes : les communes frontalières alpines, où la donnée fiscale sous-estime le niveau de vie réel, et les zones intérieures du Mezzogiorno, où le faible revenu reflète vraiment des économies fragiles et le dépeuplement.
Les 10 communes au revenu moyen le plus bas
Revenu IRPEF moyen par contribuable, année fiscale 2023, ordre croissant. Source : MEF.
Le coût du logement : la variable qui change tout
Le revenu n'est que la moitié de l'équation. L'autre moitié est le coût de la vie, et en Italie le poste qui différencie le plus les territoires est le logement. Selon les données OMI 2025, acheter à Portofino coûte en moyenne 10 767 euros le mètre carré, à Cortina d'Ampezzo 9 419, à Capri 7 738. Parmi les grandes villes, Milano est la plus chère avec 4 948 euros le mètre carré, contre 3 001 à Roma, 2 976 à Firenze, 2 901 à Bologna, 2 370 à Napoli et 2 058 à Torino.
À l'extrême opposé, à Salaparuta et Poggioreale, dans la province de Trapani, une maison coûte en moyenne 225-230 euros le mètre carré : à Milano, avec la même somme, on achète environ un vingt-deuxième de la surface.
Les communes aux logements les plus chers d'Italie
Prix moyen de vente au mètre carré, cotations OMI 2025.
Le paradoxe du salaire milanais
Réunissons les deux données. À Milano, le revenu moyen est de 40 521 euros, le plus élevé des grandes villes ; mais à 4 948 euros le mètre carré, un appartement de 70 mètres carrés coûte environ 346 000 euros, soit plus de huit années et demie de revenu moyen brut. À Torino, le même calcul donne des résultats très différents : un revenu moyen de 28 889 euros et un prix de 2 058 euros le mètre carré signifient environ 144 000 euros pour 70 mètres carrés, moins de cinq années de revenu.
Autrement dit : qui quitte Torino pour Milano pour un salaire supérieur de 30 % trouve des logements qui coûtent 140 % de plus. C'est le paradoxe du salaire milanais : nominalement le plus riche d'Italie parmi les métropoles, réellement érodé par le coût du logement. Le même schéma, à plus petite échelle, vaut pour Firenze et Bologna par rapport à des villes comme Torino, Palermo ou Catania.
L'indice du coût de la vie, commune par commune
Pour comparer les territoires, nous utilisons l'indice composite du coût de la vie de DatiItalia, qui combine prix des logements et niveau des prix locaux sur une échelle de 0 à 100. Au sommet, avec un score de 100, on trouve des localités comme Courmayeur, Pré-Saint-Didier, Camogli, Ortisei et Selva di Val Gardena : tourisme d'élite et marché immobilier hors norme. Milano suit à 99,3, Roma est à 67,4, Napoli à 56,6, Torino à 43,5.
En bas de l'échelle, avec un indice proche de zéro, on trouve l'Apennin émilien (Albareto, Bore, Compiano et Valmozzola dans la province de Parme), Santopadre dans la province de Frosinone et Poggioreale en Sicile : ici, tant les logements que les prix courants sont aux minima nationaux.
Coût de la vie : les communes les plus chères d'Italie
Indice composite du coût de la vie (0-100) : combine prix des logements et niveau des prix locaux. Année 2025.
Nord et Sud : la carte de l'écart
Au niveau régional, l'indice moyen du coût de la vie le plus élevé se trouve dans le Trentin-Haut-Adige (42,5), en Ligurie (34,6) et dans le Val d'Aoste (34,5), tirés par le tourisme alpin et côtier. Les grandes régions productives du Nord suivent : Lombardie à 21,4, Émilie-Romagne à 20,7, Vénétie à 20,3. Le Mezzogiorno est presque entièrement sous la moyenne, avec la Calabre à 11,2, le Molise à 8,6 et la Basilicate à 8,2.
Le point clé est que l'écart des prix est plus large que l'écart des revenus. Entre Lombardie et Calabre, les revenus moyens diffèrent d'environ 40-50 %, mais les prix des logements dans leurs chefs-lieux respectifs peuvent différer de 100 à 200 %. C'est pourquoi un revenu moyen-bas au Sud peut se traduire par un niveau de vie meilleur qu'un revenu moyen au Nord, du moins pour qui doit encore acheter un logement.
Où se concentrent les communes les plus chères
Répartition régionale des 50 communes à l'indice du coût de la vie le plus élevé (2025).
Le loyer aussi érode le pouvoir d'achat
Le raisonnement ne vaut pas que pour les acheteurs : les loyers suivent la même géographie. À Milano, le loyer moyen est de 15,82 euros le mètre carré par mois, la valeur la plus élevée parmi les grandes villes et la douzième en Italie, derrière seulement des localités comme Portofino (24,47 euros), Cortina d'Ampezzo (21,82) et Capri (19,35). Roma s'arrête à 12,01 euros, Firenze à 10,16.
Traduit en loyers mensuels pour 70 mètres carrés : environ 1 100 euros à Milano, 840 à Roma, 710 à Firenze. Pour un jeune actif au revenu moyen de la ville, le loyer milanais absorbe environ un tiers du revenu brut : c'est le poste qui, plus que tout autre, explique pourquoi le salaire le plus élevé d'Italie rend moins qu'il n'y paraît. À l'extrême opposé, dans des dizaines de communes des Apennins et des zones intérieures, le loyer moyen OMI descend jusqu'à 1 euro le mètre carré par mois : 70 euros mensuels pour la même surface qui en coûte 1 100 à Milano.
C'est là que le télétravail rebat les cartes : la même fiche de paie, déplacée d'un marché à l'autre, peut libérer mille euros par mois rien que sur le logement.
La carte 3D : prix des logements et revenus comparés
La carte tridimensionnelle ci-dessous synthétise toute l'analyse : la hauteur de chaque colonne représente les prix immobiliers de la commune, la couleur le revenu moyen de ses habitants. Les colonnes hautes et foncées (prix élevés, revenus élevés) se concentrent à Milano et dans sa banlieue, le long des côtes ligures et dans les vallées touristiques alpines. Les colonnes hautes mais claires signalent les marchés où les prix ont monté plus vite que les revenus locaux : les stations de vacances, mais aussi des pans des grandes villes d'art.
Les colonnes basses et claires, enfin, sont l'Italie intérieure : Apennins, Sud rural, montagne non touristique. Ici, le logement coûte peu, mais les revenus sont bas eux aussi et les services plus rares.
Prix des logements par commune, colorés par revenu
Hauteur : prix de vente au mètre carré (OMI 2025). Couleur : revenu moyen déclaré (MEF 2023).
Où vivre avec votre salaire
Faisons le bilan. Si l'objectif est de maximiser le pouvoir d'achat, les données indiquent trois stratégies. La première : les villes moyennes du Nord aux prix encore contenus, comme Torino, où le rapport entre revenu et coût du logement est parmi les meilleurs d'Italie pour une grande ville. La deuxième : les chefs-lieux du Sud aux économies solides, où les revenus sont plus bas mais les prix proportionnellement bien plus bas encore. La troisième, rendue possible par le télétravail : garder un revenu de grande ville en vivant dans une commune bon marché, où l'indice du coût de la vie est une fraction de celui de Milan.
Le revers de la médaille existe : les communes les moins chères sont souvent celles qui offrent moins de services, moins d'opportunités et une population en baisse. Le pouvoir d'achat est une variable fondamentale, mais pas la seule. Pour toutes les peser, vous pouvez comparer n'importe quelle paire de communes italiennes avec l'outil de comparaison de DatiItalia : revenus, prix, démographie et environnement, côte à côte.
Note méthodologique : les revenus sont les revenus IRPEF moyens par contribuable déclarés au MEF pour l'année fiscale 2023 ; les prix immobiliers sont les cotations OMI 2025 ; l'indice composite du coût de la vie est calculé par DatiItalia sur une échelle de 0 à 100. Les revenus des communes frontalières sous-estiment les revenus effectivement perçus à l'étranger.