L'Italie compte aujourd'hui 7 896 communes. Le chiffre semble immuable, gravé dans la géographie administrative du pays, et pourtant il diminue constamment : les archives officielles des variations territoriales recensent 345 extinctions de communes, presque toutes survenues au cours de la dernière décennie et presque toujours par fusion avec une municipalité voisine.
Derrière chaque extinction, une histoire semblable : une petite commune qui ne parvient plus à garantir les services, des budgets en difficulté, des incitations nationales et régionales à la fusion, et enfin un référendum qui scelle la naissance d'une nouvelle entité avec un nouveau nom. Dans cet article, nous reconstituons la carte des communes disparues : quand elles ont disparu, où et pourquoi.
La vague des fusions : 2014-2019
La chronologie des extinctions est tout sauf uniforme. Pendant des décennies, les limites communales italiennes sont restées pratiquement figées ; puis, à partir de 2014, la vague est arrivée. Cette année-là, on enregistre 57 extinctions ; en 2016, le record absolu est atteint avec 75 cas, et 2019 clôt le cycle d'or des fusions avec 65 communes supprimées. Au total, la grande majorité des extinctions de toute la série historique se concentre entre 2014 et 2019.
Ce n'est pas un hasard : la loi Delrio de 2014 et les lois régionales d'accompagnement ont introduit des contributions extraordinaires pour les communes qui fusionnent, décennales et cumulables. Pour des municipalités de quelques centaines d'habitants, souvent incapables de couvrir ne serait-ce que les coûts de leur machine administrative, la fusion est devenue une issue concrète. Après 2019, le rythme s'est effondré : 14 extinctions en 2020, puis des chiffres à un seul chiffre, avec 6 cas en 2023 et 8 en 2024.
Extinctions de communes par année
Nombre de communes supprimées enregistrées chaque année dans les archives des variations territoriales. Le pic en 2016 avec 75 cas, puis l'effondrement après 2019.
Les noms qui n'existent plus
Parcourir la liste des extinctions, c'est lire une toponymie en voie de disparition. En 2019, l'année des grandes fusions vénètes et lombardes, disparaissent Valstagna, fondue dans la nouvelle commune de Valbrenta ; Molvena, devenue partie de Colceresa ; Trichiana, absorbée par Borgo Valbelluna ; et dans les Pouilles, Acquarica del Capo, fusionnée avec Presicce dans la nouvelle commune de Presicce-Acquarica. En Toscane, Tavarnelle Val di Pesa s'unit à Barberino pour donner naissance à Barberino Tavarnelle.
Les fusions les plus récentes suivent le même scénario. En janvier 2024 naissent en Vénétie Santa Caterina d'Este, de la fusion de Vighizzolo d'Este et Carceri, et Setteville, née de l'union de Quero Vas et Alano di Piave. De petites communes de plaine et de piémont qui, seules, ne dépassaient pas quelques milliers d'habitants et qui, ensemble, tentent de conserver école, état civil et services techniques.
Parfois, l'ancien nom survit dans le nouveau : Lu e Cuccaro Monferrato, Piadena Drizzona, Lusiana Conco, Sorbolo Mezzani. D'autres fois, il disparaît complètement, remplacé par un toponyme de territoire comme Valdilana, Borgocarbonara ou Terre d'Adige.
Pas seulement des fusions : les autres variations territoriales
L'extinction est la variation la plus radicale, mais pas la seule. Les archives de l'ISTAT enregistrent aussi 340 changements de siège municipal et 47 changements de dénomination : des communes qui restent en vie mais corrigent leur nom, souvent pour retrouver une graphie historique ou ajouter une référence géographique qui les distingue d'homonymes.
Il y a ensuite les acquisitions de territoire : quand une commune s'éteint, ses limites ne s'évanouissent pas mais sont absorbées par la nouvelle entité ou réparties entre les voisines. Chaque fusion génère ainsi une chaîne de variations : l'extinction des communes d'origine, la naissance de la nouvelle municipalité, le transfert des codes ISTAT et cadastraux. C'est la raison pour laquelle le décompte des communes italiennes change presque chaque année et pour laquelle toute base de données territoriale doit être constamment réalignée.
Pourquoi les communes fusionnent (et pourquoi souvent elles ne le font pas)
La géographie des fusions n'est pas aléatoire. L'écrasante majorité des cas se concentre dans le Nord, avec la Lombardie, la Vénétie, le Piémont et le Trentin en tête, où les régions ont prévu leurs propres incitations en plus de celles de l'État. Dans le Mezzogiorno, les fusions restent rares, bien que la part de communes de moins de mille habitants y soit tout aussi élevée.
Le moteur économique est clair : une commune de 500 habitants dépense en administration une part de budget bien plus élevée qu'une de 5 000, et la fusion promet des économies d'échelle en plus des contributions étatiques décennales. Mais le frein est identitaire : le clocher, au sens littéral du terme. Des dizaines de référendums de fusion ont été rejetés par les citoyens des communes les plus petites, craignant de perdre leur représentation, leurs services de proximité et leur nom sur la carte.
Le résultat est un compromis typiquement italien : les noms doubles et triples des nouvelles communes, qui cousent ensemble les identités précédentes, et le maintien des mairies historiques comme antennes.
Un processus appelé à continuer
Avec l'hiver démographique qui vide l'Italie intérieure, la pression sur les fusions est destinée à croître. Des milliers de communes italiennes comptent aujourd'hui moins de mille habitants, et beaucoup d'entre elles ont perdu plus de 90 pour cent de leur population depuis 1951 : pour ces entités, le seuil de soutenabilité administrative est déjà franchi.
Le ralentissement post-2019 montre cependant que les incitations économiques ne suffisent pas à elles seules : sans consensus local, les fusions s'arrêtent. L'histoire des 345 communes disparues est donc aussi une carte du futur : elle indique où l'Italie administrative s'adapte déjà à son déclin démographique et où, au contraire, la résistance identitaire maintient en vie des municipalités toujours plus petites. Sur DatiItalia, vous pouvez consulter l'archive complète des variations territoriales, commune par commune et année par année.